12 janvier 2010 - 12 juillet 2010. L’espoir a vite fleuri et les fleurs sont fanées. J’ai failli regretter d’avoir voulu « Rêver d’Haïti en couleurs ».Mais non. Faut pas. Ton encre n’a pas séché. Les pigments des feuilles sont tenaces comme une tunique de Nessus. Loin, bien loin de l’impact, le rouge du rocou blessédégouline, sanguinolent, sur le tapis verdâtre des gazons sauvages. Sur le couvre-sol rampant des patates et des ipomées aux fleurs bleues.
Le nouveau pays sera global ou ne sera pas.
Penché sur les enfants. Equilibré par le poids des femmes.
Oxygéné par la culture, l'agriculture.
Et ce « rêve de fruit » ne doit plus être
un cauchemar d'agronome.
L'Haïti de demain sera bilingue comme notre littérature.
Bicolore comme le drapeau.
Haute en couleurs comme notre peinture.
Centrale, périphérique et touristique.
Locale et diasporaine, rurale et citadine.
Ce sera Port-au-Prince et "Port-au-Peuple"
(s'il n'existe pas, il nous faut l'inventer).
Pétionville et Jérémie.
Port-Margot et Port-Salut.
Labadie et l'Anse du Clerc.
Madancodo et Boundamouyé, de réels noms d'endroits
que l'on ne connaît plus.
Ce qui me reste d'Haïti, c'est tout cela :
des semences d'hier à planter sans délai
pour les glaneurs des mois qui viennent.
(Extrait de « Ce qui me reste d’Haïti: fragments et
regards».
Jean-Robert Léonidas. Cidihca, Montréal 2010
Sur: http://bibliobs.nouvelobs.com/20100712/20447/haiti-paroles-de-poete-six-mois-apres
Aussi : ➦ Les écrivains haïtiens face au chaos (dossier)
➦ ➦ Séisme en Haïti : l'édition spéciale de nouvelobs.com
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