Samedi 17 juillet 2010
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LA PLUIE DE MON ENFANCE

Dans cette maison où craque le plancher,
Où l'odeur des vieux règnent
Souvenir d'une enfance enfouie dans le coeur et pourtant si vivant.
Jeux merveilleux, partagés avec ma grande soeur.
Jour béni où la pluie tombe,
Faisant monter la nostalgie de mon enfance.
Bruits de nos pas, courant vers cette chambre,
Avec son lit si haut ! Que cela fût un exploit de pouvoir atteindre cette couche.
Enfin voilà l'extase ! Je m'enfonce dans ces draps si doux et épais à la fois.
Par les persiennes, les couleurs de la pluie,
Me chantent de douces mélodies.
Ma soeur tente vainement de m'attirer dans ses jeux,
Mais je plonge délicieusement dans ces draps et ma rêverie.
J'aimerai être dans ce grenier où nous n'avons jamais pu encore y accéder,
Par cet escalier qui paraissait être à la fois,
Le Ciel et l'Enfer !
Peu à peu le sommeil m'envahit et l'Odeur de la Terre
Monte et exalte mon coeur.
Je cours dans ce jardin sans entretien réel,
Mais si beau à la fois ! Avec ses hautes herbes mouillées, ses arbres aux larges feuilles
Et aux fruits si délicieux, que je tente de cueillir et qui me renvoient des ribambelles de gouttes,
Et font chavirer le petit être que je suis !
Sous cette maison des tas de ferrailles amoncelées, des voitures de ces années si lointaines
Illuminent mes yeux.
Et me voilà dans cette maison, entourée d'une véranda au sol dallé,
Je parcours avec mon oeil vif cette grande salle, plongée dans la pénombre, aux volets clos !
Les meubles sentent l'humidité et la cire.
Doucement je me dirige dans ce lit, mes yeux fixent cette moustiquaire,
Qui s'accroche au mur d'un rose pâle de cette solide bastide tout en bois.
Mes oreilles écoutent cette pluie saccadée,
Qui parle à voix basse avec la tôle,
Et lui murmure son Amour.
Ma mère est là, nous devons partir,
Il fait beau, je me sens triste !
J'embrasse tendrement les joues rondes et molles de ma grande tante,
Mon oncle m'applique un baiser,
Qui ressemble à la musique que fait la pluie sur la tôle,
Et ses lèvres aspirent ma peau,
Et j'entends son chant d'Amour.
Aujourd'hui il pleut et je pense à Eux;
Elle est partie la première,
Il l'a suivie après quelques années,
Ma soeur aussi s'en est allée, bien trop tôt,
Emportant avec Eux, un peu de ce Doux Chant d'Amour.
Guilaine SABINE
Chants de canne
photo Evariste zephyrin
Poète
Le coeur en plis de cannes
Je te revis
Dans mes ballades
Certaines sont plaines de douceur
D'autres dévalent en cascades
Nombre d'entre elles perdent la tête
D'autres décochent quelques flèches
Une ou deux partent en débandade
Bien trop de bagues dans les doigts
Sais-tu...
Où se terre l'ennemi
Il naît des pluies que l'eau pourchasse
Jusqu'à la rue si loin des toits
N'est pas sous vent où tu crois
Poète
La vie ce livre entre deux lignes
L'attaque et puis la défensive
Elles vont reviennent baissent la garde
L'attaque est sur la défensive
Défis sucrés entre nos doigts...
Jocelyne Mouriesse
PORT-AU-PRINCE SUR LA GRANDE RUE
Port-au-prince je n'ai pas
oublié
Tes nuits obèses de baises
Sur la grande rue
Apres un Champ de Mars
Vetu de tout age
Port-au-prince je n'ai pas oublié
Cette leçon bordelienne
Ou l'on venait envouter la biere
Parce qu'il faut laver un discours
Avant de mettre une jupe en bouteille
Port-au-Prince je n'ai pas oublié
Tes samedis soirs
Pleins de portefeuille
Ou l'on trinquait à nos cavalières
Comme pour rendre les vers jaloux
Port-au-Prince te voilà amaigrie
Anderson Dovilas
Naissance des
Antilles
Paupières allongées
Contre les bleus du large
Une capresse enlace
Les fuseaux d’une vague
Sables s’ y fraient passage
Aux confins de l’ errance
Paupières frémissantes
Sur les flots qui s’ardoisent
Une capresse en brasse
La bécune narquoise
Contre-courants de sombres
Trop longues grilles d'attente
Paupières défiantes
Entre les coraux sombres
Une capresse chasse
La murène sagace
Qui dévalise l’ombre
De dauphins nonchalants
Paupières insolentes
Pétales s’ écarquillent
Vent de fièvre florale
Les Antilles chenillent
Entre vagues ardentes
Et volcan cardinal
Jocelyne Mouriesse
Nouvelle
offrande
Martinique
Le Diamant - Anse Cafard
Monument aux esclaves
Photographie: Christine Le Moigne-Simonis
Si près de saluer
la montée de la pluie
dans les craquètements du vent
Ô terre abasourdie
par la curée des mots
j’offre le sel à l’orpaillage
tranquille des mémoires
au vol tragique des papillons
à contre-attente de la nuit
et ma prière en ordalie
à la lagune tourmentée
©José Le Moigne
La Louvière
29 avril 2010
Le Vaucin, Martinique, cimetière de la famille
Photographie: Christine Le Moigne-Simonis
À ces matins voués
à l’agonie des calebasses
j’offre mes veines reliées
à d’anciennes reliques
soleil porteur de cabosses
avec pour seuls totems
la marque des pieds nus
sur les tracées de latérite
rebelles à la peau scarifiée
par des pontifes maladroits
dans les chenaux obscurs
des dernières mangroves
où le seul balan alourdi par le sel
se décline en écume
sur l’acier gris des tombes
©José Le Moigne
La Louvière
26 avril 2010
Le matin est à peine réveillé, mais la lumière déjà belle et le ciel bleu, on a le sentiment que jour aspire
à la sérénité, à la quiétude.
Je m'en vais !
Le long du chemin, j'aperçois les arbres s'enfeuillant et les haies buissonner.
A chaque détour de rue, je me convaincs que Dieu est à l'ouvrage, la vie à la renaissance, la nature en prise avec sa fleurissure vernale.
Le monde renaît !
Evariste Zephyrin
Pour Joseph Zobel
Nous marcherons
par des chemins bordés
de perles et d’améthystes
et tu me guideras
***
Assis
comme un moine copiste
le pinceau à la main
Dessinant des bambous
d’une main qu’il voudrait
ne jamais voir trembler
Zobel interroge les ombres
Au loin
sur l’océan des îles
la main se charge
de terribles orages
En cet été torride
la terre a soif de jardins
José Le Moigne
Poèmes du sel et de la terre
éditions L'Arbre à paroles
Publié aussi par pyepimanla-histoire: www.pyepimanla.com
L'exceptionnelle beauté de la poésie antillaise transpire sur ce blog. Bravo.
Voici une invitation poétique de bretagne http://www.lesparadoxesinterdits.com/article-murmures-marins-56595628.html