Partager l'article ! Coutechève Lavoie Aupont: retour Coutechève Lavoie Aupont Coutechève Lavoie Aupont ...
Coutechève Lavoie Aupont
Coutechève Lavoie Aupont est né à Mirebalais (dans le centre d’HAÏTI), le 16 Oct. 1982. Poète. Diseur. Comédien.
Nouvelliste. Il écrit en créole et en français. Certains de ses poèmes sont publiés sur internet par des sites de poésie française notamment la RALM (Revue d’Art, de Littérature, Musique).
Il anime avec l’Atelier LE VIDE des ateliers de théâtre et d’écriture pour jeunes à Port-au-Prince et dans les villes de province. Il vit à Port-au-Prince.
Poème à ne pas lire dans l'avion
Déesse de la première vague du jour
Moitié pluie moitié fleur soleil
moitié cigale moitié sauterelle
telles sont aujourd'hui les symphonies d'Avril
je t'ai aimée avec des boucles de sueurs au bout de la main
avec des chants des détours des gifles et des romances toutes petites
la solitude au creux du grand jour
je sublime l'écho qui écaille ta plaie
ta démence et mon pouls contre ta joue
la démesure au cou des voyelles volantes
je t'ai dessinée des chants de sève
des concerts cannibales au collet de la brume
alors que sur ta pupille gisaient des mesures de lumières saoulées
aujourd'hui encore l'humanité doit rougir
aux bourdonnements de tes frissons de jadis
flûte de la main gauche
je t'ai clouée malicieusement à l'angle du premier désir venu
en ces temps où tarissent tant de souffles tant de fragilités de noblesses
toutes les douleurs du mondes ont empli ta bouche de décombres et de ciment armé
et je t'ai grondée maman
je t'ai grondée d'amours
d 'amours solides de soleils de sels
et de soifs ardentes
je t'ai élevée immensité olfactive et délirante
je t'ai conviée ma bouche défaillante et divinement mienne
je t'ai construite aux bouts des rafales cancérigènes de l'été
oiseau au plumage d'hibiscus
je te proclame déesse de la première vague du jour
***
moitié bruit moitié fruit, ciel
moitié lune moitié décadente
tel est maintenant le goût de ta chanson
ta danse aujourd'hui est un cancer sur l'échelle de Richter
des bruits ovales et des lignes croustillantes au risque de la mer
conspiratrice des fleuves ailés et des pluies voyantes
tes yeux sont des murs de haine maintenant que je sens
venir les braises de l'automne et des douleurs de poussière
musique tenace et fondatrice de tristes blessures
je t'ai marmonnée sourdement légèrement
et impropre fut notre sentiment de bouche à bouche
je t'ai crachée de bonne grâce les joyeux épis de mon enfance
conquis comme la dérive des lampes éternelles
et le triste yanvalou de la canne à sucre
je t'ai aimée comme un souvenir enfui dans mes draps
je t'ai aimée au parfum des filles et des appels insouciants de l’espace
piégée et nourrice de haute civilisation
je t'ai livrée aux froufrous des lunes en convalescences
je t'ai contée de tristes paroles
de tristes frissons de tristes besoins de phrases
je t'ai contée des mélodies étouffées au berceau
et des silences ensablés
Anacaona des temps incompris *
tu es le vin des ivresses clandestines
les fêtes oubliées sous le masque léger du soleil
je t'ai aimée crucifiée aux lèvres des baisers ovales
où je t'ai inventée ma chanson de gousse d'ail
***
moitié animale moitié houleuse
moitié humaine moitié douteuse
telle était la voix des perversités
je t'ai couronnée telle que les salops pouvaient t'inventer
aux répliques de la terre marronne fertile et sauvage
je t'ai mirée aux gestes de ma soif
aux gestes de toutes les mains tendues aux divinités de l'Afrique
aujourd'hui je sais que ton avenir est un fardeau de lucioles mouillées
aujourd'hui je sens que tu es seule et terriblement seule
seule et brisée aux pieds de la déraison et du feuillage
brisée comme un verre de tendresse étoilé
je sais que tu es seule, seule au cœur brillant du Bon Dieu Bon
nos visages longtemps furent des fardeaux
des voix lourdes de toute part et au delà des résonances humaines
des illuminations parmi les épaules fidèles et les lueurs saccagées
des fardeaux parmi d'autres petitesses
Ô terre violente et terriblement muette
je t'ai égrenée aux yeux des complicités atrophiées et quotidiennement perfides
Ô terre loufoque
je t'ai aimée ma petite mouche d'eau
je t'ai aimée malgré tes bras mouillés dans la rouille des autres
malgré ton corps ficelé aux bouts des dents carnivores
je t'ai aimée de tes propres mots de tes propres décadences
et je n'ai plus souvenir de mes cicatrices aviaires
que dire à la nuit que dire à ton enfance
ton ventre est un hymne de vaines possibilités
et ce temps un créateur violent sur l'avenir de ma poésie
***
moitié féline moitié fourmi
moitie frileuse moitie verdâtre
telle sera demain la rigueur de nos plaintes
je t'ai aimée dans ton passé et sous les langues de vipères
je t'ai embrassée de nuits et du nom propre de la terre
je t'ai aimée louve
moi agneau parmi les viriles de l'avant-jour
je t'ai aimée comme une fresque d'eau bouillante
je t'ai aimée et le soleil s'est installé dans la baie du printemps
je t'ai rêvée les bras producteurs de ratures et de potence
je t'ai rêvée au fin fond de la mer obscure et des vicissitudes cosmiques
le temps était heureux de la naissance de ton sexe de divinité gustative
ma vie était restée là sur la rive blessée du silence invertébré
intangible et intemporel
comme une catastrophe agenouillée
comme une enfance laissée seule au bord d'un petit poème malade
je t'ai souri dans le doute éminent des plongeurs de béton
je t'ai souri dans la monotonie des saisons nerveuses et colériques
Ô reine des oiseaux migrateurs de la frime
je t'ai colorée avec des doublets de quatrains fragiles
des quatrains dont je me rends compte malades
des quatrains posés par dessus les ruines et les cadavres de la providence
maîtresse des routes voyantes et mal vues
maîtresse des carrefours et du sommeil des hommes
je t'ai aimée plus longtemps que les yeux des mortelles
j'ai t'aimée avec des boucles de sueurs au bout de la main
avec des chants des détours des gifles et des romances toutes petites
Coutechève Lavoie AUPONT, 28 avril 2010.
-------------- ''La poésie serait parole d'espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon cette parole mille fois enroulée et déroulée, et quelques gestes qui nourriront les légendes? Nous avons acquis un petit morceau de technologie. Nous l'avons utilisé et nous l'utiliserons pour recueillir et rassembler quelques fragments de vie et de voix''.- Thélyson Orélien
''Parole en Archipel peut être une Mosaïque essentielle et vitale de diffusion du poétique du monde''.- Károly Sándor Pallai
__________________________________________________________________________________________